Les grands prédateurs étant en nombre insuffisant pour réguler le gibier, les autorités font appel aux chasseurs. Cette régulation est un mal nécessaire. Des effectifs trop élevés d’ongulés favorisent la propagation de certaines maladies et conduisent à des dégâts en forêt. A ce titre les chasseurs jouent un rôle d’intérêt public. Par contre, la chasse du lièvre – une espèce aux effectifs très faibles, inscrite sur les listes rouges – et à certains oiseaux ne répond, elle, à aucune nécessité de régulation. Dans leur plaidoyer en faveur de la chasse les chasseurs occultent toujours cet aspect.
Bécasses, Milouins, Sarcelles n’ont nul besoin d’être régulés ! Il s’en tue pourtant plusieurs dizaines chaque année. Le cas du Tétras-lyre mérite un détour. Cette espèce, en déclin en certains endroits de notre pays, a disparu de plusieurs places de parades des Préalpes vaudoises. Même si moins de 10 coqs sont prélevés certaines années dans notre canton, la chasse est une source supplémentaire de dérangements et de stress qui s'ajoute aux multiples impacts de la pression humaine sur les milieux naturels (chiens, promeneurs, ski hors piste, champignoneurs, raquette, etc.). Les oiseaux deviennent plus farouches et perdent la faculté d’adaptation à la présence humaine dont est capable le Tétras-lyre. Ce type de chasse est certes le fait de passionnés et nécessite un investissement important dans l’élevage de chiens d’arrêt indispensables, elle provoque pourtant une fâcheuse sélection : les mâles dominants les plus actifs sont tirés, ceux qui paradent en automne et qui sont les meilleurs reproducteurs.
Les chasseurs seraient mieux compris s’ils se limitaient à réguler les espèces les plus prolifiques, dans un réel esprit de gestion durable.
Serge Ansermet, secrétaire régional du WWF Vaud, Vevey Septembre 2009
|