Ces derniers mois ont vu plusieurs dossiers avancer de façon réjouissante. Ces heureux dénouements sont significatifs de l’importance du travail de terrain et de représentants des intérêts particuliers de la nature que nous menons depuis plus de 20 ans dans le canton.
Quelques réserves naturelles ne suffisent plus: l'occupation continue des zones naturelles et le morcellement de celles-ci ainsi que certaines activités humaines menacent la faune et la flore. Les espèces animales et végétales sont ainsi de plus en plus privées d'un espace vital sain, condition essentielle à leur survie.
Nous demandons que la nature ne constitue pas qu’un cadre à nos loisirs mais soit prise en compte dès la genèse d’une réalisation plutôt que reléguée au rang d’accessoire, comme c’est encore trop souvent le cas. Les quelques exemples qui suivent sont illustratifs de nos propos.
A Bassins, nous avons contesté avec succès l’affectation en zone à bâtir d’un terrain éloigné de l’agglomération, mal desservi par les transports en commun, pas raccordé aux services publics (eau, égouts, etc.) et caractéristique d’un surdimensionnement de la zone à bâtir. De plus, la construction de 16 villas aurait nécessité un défrichement. Ces arguments ont été entièrement acceptés par le Tribunal cantonal, instance de recours. Celui-ci a alors annulé toutes les décisions relatives à ce projet de lotissement et remis en cause le caractère constructible de la parcelle.
Des considérations similaires nous ont incités à recourir contre un projet de constructions de 8 chalets à Gryon, sur un terrain, ici aussi, complètement excentré par rapport au centre de la station. La décision du Tribunal n’est pas encore tombée. Appuyés par Pro Natura, nous remettons en cause le principe même de constructibilité des terrains. Celle-ci est fondée sur un vieux plan d’extension, datant de 1969 ! Par ailleurs, l’implantation de certains chalets est prévue sur la zone tampon bordant un marais d’importance nationale, au milieu des roseaux. Ces chalets ne feraient qu’allonger la liste déjà longue des « lits froids » : rappelons que 70 % des logements de la commune de Gryon sont des résidences secondaires ! Au regard de l’étendue des zones à bâtir du plateau de Villars, et particulièrement de la commune de Gryon, ce projet ne répond pas à une « Utilisation judicieuse et mesurée du sol et une occupation rationnelle du territoire » telle que l’exige la législation sur l’aménagent du territoire.
Commentaire Ces deux affaires sont exemplaires des lacunes qui fragilisent la prise en compte des principes fondamentaux régissant l’aménagement du territoire : zones à bâtir surdimensionnées (et souvent situées en périphérie du « tissus urbain »), mitage du territoire, plans d’affectation obsolètes. Et lorsqu’ils sont judicieusement situés, de nombreux terrains à bâtir sont laissés libres de constructions pour des motifs spéculatifs. L’aménagement du territoire, lorsqu’il est confié aux instances communales, fait courir le risque d’un développement chaotique. Nous plaidons pour un usage accru de l’offre immobilière existante en favorisant l’occupation des logements déjà construits et en réduisant les zones à bâtir. Certaines communes suisses (par exemple Davos) ont introduit un contingentement des surfaces dédiés aux résidences secondaires et/ou une taxation de celles-ci.
Dans les Préalpes vaudoises, le rêve d’une télécabine partant des pistes du Meilleret, aux Diablerets, et reliant Iseneau et le Col du Pillon, a fait long feu. Aucun recours n’a été nécessaire ! Les promoteurs ont judicieusement jeté l’éponge face notre détermination. Les atteintes à des marais d’importance nationale et à la faune ainsi que le manque complet de nécessité du projet constituaient l’essentiel de notre argumentation critique.

A Cuarny, nous avons interpellé la Municipalité concernant les agissements de l’un de ses pairs. Ce municipal, agriculteur au comportement peu exemplaire, avait aménagé un dépôt de vieilles machines et une décharge au beau milieu des champs. Notre souci de préserver la zone agricole et les risques de pollution ont motivé notre intervention. Une semaine plus tard, le municipal fautif a entrepris d’évacuer certains matériaux et de réorganiser l’endroit. C’est un premier pas … qui reste toutefois insuffisant. Nous allons intervenir à nouveau …
L’aménagement d’une décharge, camouflée sous les termes d’ « aménagement de parcelle », sur la commune de Trélex a suscité notre intervention en collaboration avec Pro Natura. Prévue près d’un ruisseau, elle aurait porté atteinte à une petite terrasse alluviale et la suppression d’une zone inondable. Sagement, la Municipalité a renoncé à son projet.
Dans la campagne des alentours de Thierrens, un agriculteur a saccagé plusieurs haies pourtant protégées. Notre intervention auprès du préfet de la région a porté ses fruits : des plantations seront effectuées et le paysan s’engage à laisser la nature reprendre ses droits, sans rien couper. Tout devrait repousser rapidement !

Serge Ansermet 2,10
|